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La french theory est une construction ex post et un peu artificielle produite par la réception américaine des philosophes français à forte notoriété de la fin du vingtième siècle. Ceux-ci sont pourtant très différents les uns des autres. Toutefois, vus d’aujourd’hui, ces philosophes ont en commun d’être passé à côté de l’essor de l’écologie entendue comme inquiétude à l’égard des méfaits de la société industrielle (pour Deleuze et Guattari, il faudrait le nuancer). Si bien que cette soi disant french theory semble s’éloigner de nos esprits : une page s’est tournée dans l’histoire de la pensée française, et elle s’est tournée sans les auteurs qui la représentent le plus. Par contraste, d’autres penseurs semblent d’une grande actualité : ceux qui se sont interrogés sur la technique, sur l’industrialisme, sur le consumérisme. Ces penseurs sont eux-mêmes très différents les uns des autres. Parfois très philosophes comme Heidegger, d’autres fois beaucoup moins comme Ellul ou Ilitch. Parfois d’héritage marxiste comme les maîtres de Francfort ou les situationnistes, d’autres fois enracinés dans l’héritage du christianisme, comme Ellul ou Ilitch. Cependant, si différents qu’ils soient, ils constituent le corpus écophilosphiques servant de cadre à nos questionnements actuels.

Ce tournant écologique de la pensée est aussi un tournant générationnel. C’est dans ce cadre renouvelé par l’inquiétude écologique qu’il nous revient d’élaborer des problèmes aussi divers que, par exemple, l’aménagement de l’espace, l’État, la guerre, les valeurs humanistes, etc.

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Il n’est pas possible de s’inscrire dans ce cadre écophilosophique sans avoir les idées claires sur la société industrielle et ses mutations, puisque c’est de là que viennent les nuisances. Il y a deux positions politiques possibles pour l’écologie. L’une est une sorte de réformisme qui postule que les sociétés industrielles peuvent reconnaître des limites, corriger les nuisances industrielles et commerciales qu’elles engendrent et trouver des techniques pour remédier aux méfaits des techniques. L’autre est de procéder à la critique des sociétés industrielles, après avoir cerné les ressorts qui les installent, qui les maintiennent et qui les renforcent. Cette critique ne peut prétendre ni à détruire ces sociétés, ni à revenir à un âge pré-industriel. Si la société industrielle doit être détruite, elle ne le sera que par elle-même, sous la forme d’un effondrement catastrophique. La critique n’a d’autre but que d’engager ou d’accompagner un autre processus historiques, à partir d’autres valeurs. Si jamais émerge un jour une société post-industrielle, elle ne reviendra ni sur les acquis des technosciences, ni sur les nuisances hélas partiellement irréversibles déjà causées.

L’alternative de l’écologie d’aujourd’hui est donc entre un réformisme qui corrige pour faire durer (développement durable et croissance verte) et un dépassement qui ouvre un autre horizon de vie et oriente autrement le développement collectif. Et qui, par surcroît, empêche l’effondrement. La critique radicale est un tournant parce qu’elle cherche un autre horizon. L’écologie politique se doit de trancher cette alternative.

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 La guerre est évidemment un problème majeur de l’écophilosophie. D’abord, parce que le courant écologiste a été, pour une grosse part, alimenté par les deux guerres mondiales : l’industrie se révèle et s’accomplit dans les thanato-technologies, notamment les gaz toxiques (en bouteilles ou en chambres d’extermination) ou les réactions nucléaires (en bombes ou en catastrophes civiles). Ensuite, parce qu’il n’y a pas de destruction de la nature et des êtres vivants plus grande que les guerres. Enfon, parce que la violence visible de la guerre n’est que la manifestation aux yeux de tous d’une violence permanente et plus cachée : celle de l’industrie ordinaire contre la nature et la main d’oeuvre.

C’est pourquoi l’écologie ne peut être qu’un pacifisme. C’est un spectacle aussi triste que ridicule de voir parfois certains représentants de l’écologie politique soutenir certaines guerres : un spectacle qui atteste que l’écologie politique est un nœud de contradictions et même un non-sens. Seulement, le pacifisme cohérent et conséquent est difficile à pratiquer. Par temps de paix et hors conflit, tout le monde est pacifiste. Le véritable pacifisme ne commence qu’en temps de guerre et il se heurte généralement à une énorme pression sociale, qui peut aller de l’infamie à la persécution. Et lui-même, en toute conscience, peut-il se maintenir dans tous les cas ? Doit-il définir par avance des cas suspensifs ? Ce sont de redoutables questions qui, en situation, se posent parfois au pacifisme écologique pour qu’il ne soit pas un pacifisme de papier, l’expression d’une aspiration idéaliste, d’une utopie intenable. Les situations de conflit constituent pour l’écologie une épreuve du feu. Ceux qui refusent l’usage des armes doivent être particulièrement armés intellectuellement pour que leur refus ne cède pas devant le premier conflit militaire venu. La polémologie se justifierait déjà à leur donner ces armes intellectuelles dont ils ont besoin. Les bons sentiments ne suffisent pas. Pour refuser la guerre, il faut comprendre ce qu’elle est.  

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