• VOUS

    VOUS

    "La parole poétique se libère lorsqu'elle s'adresse, fût-ce à des êtres imaginaires qui sont justement faits pour l'accueillir. J'ai voulu ici travailler cette structure singulière de l'invocation, qui demeure centrale en poésie : vous. Il en résulte des êtres qui se meuvent entre effets perceptifs, créatures mythologiques et femmes. Dans le jeu entre l'eau et le regard, qu'est-ce qui passe ? Dans la rencontre entre l'oreille humaine et la voix, qu'est-ce qui pense et désire ? Le poème ici est comme un programme de concert : à travers des chants, il développe sa méditation lyrique."  Denis Léridan

    Extrait

    Les fleurs sont des noyés les soeurs.
    Elles se retiennent dans la terre par un long désir
    d’eau.
    Ophélie,
    grand lys où vous a vue Rimbaud,
    le poète a l’oreille sensible à la romance que la nuit
    chante tout ce qui gonfle et se trempe et s’imbibe ;
    je vous entends, Ondine :
    l’aspiration qui vous voue à l’humide,
    votre voix qui revit aux pointes des racines ;
    et vous Néréide
    surprise par Pouchkine aux chuchotis des fleurs qui
    respirent dans l’eau, comme dans l’air les poumons.
    Pareils aux tiges et aux racines, la chair repue des
    noyés chantent :
    je vous entends Léopoldine,
    je vous entends enflant,
    engloutis désormais aux vers de votre père, y
    fredonnant cette musique connue par ceux dont la chanson
    n’est plus portée par l’air mais passe en l’eau,
    en l’eau où s’abreuvent toutes les fleurs à votre
    écoute.
    Les fleurs sont des noyés les soeurs
    Et ont comme eux un chant trempé et regorgeant.

     


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